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Pendant six jours, le Sanctuaire Notre-Dame de Laghet résonne des voix de dix-neuf chanteurs amateurs venus de toute la France. Réunis autour de Jean-Sébastien Beauvais et de l’équipe artistique de La Chambre, ils n’ont qu’un objectif : préparer Alexander’s Feast de Georg Friedrich Haendel avant de rejoindre les instrumentistes et les solistes pour le concert de clôture donné dans la cathédrale de Sospel. Plus qu’un simple stage, le chœur-atelier des BaroQuiales est une véritable aventure artistique et humaine.
Créé en 1998, le festival des BaroQuiales est devenu un rendez-vous incontournable de la vie culturelle des Alpes-Maritimes. Né à Sospel, il rayonne aujourd’hui dans plusieurs communes de la Roya-Bévéra, mettant en valeur un patrimoine remarquable composé de chapelles, d’églises, d’une cathédrale, de portes monumentales et d’un monastère. Cette année, le festival a fait étape à Saorge, Sospel, Menton, Nice et La Trinité.
Sous l’impulsion de la compagnie artistique et culturelle La Chambre et de son directeur artistique Jean-Sébastien Beauvais, les BaroQuiales défendent une conception exigeante de la musique baroque où se rencontrent création, transmission et action culturelle. Les masterclasses, les projets pédagogiques et le chœur-atelier constituent l’un des piliers de cette démarche.
Cette année, dix-neuf choristes se sont retrouvés au Sanctuaire de Laghet pour une semaine de travail intensif. Échauffements vocaux, travail du style baroque, répétitions par pupitres, mise en espace et filages se succèdent dans une ambiance studieuse mais chaleureuse. Certains participants sont des fidèles du festival et retrouvent chaque été cette expérience unique qui associe exigence artistique et convivialité.
En seulement six jours, ce groupe devient un véritable ensemble choral. La qualité du résultat est saisissante : homogénéité des pupitres, précision des attaques et engagement collectif témoignent de l’excellence du travail accompli. L’organisation du festival se révèle elle aussi à la hauteur de ses ambitions artistiques, portée par une équipe soudée, passionnée et particulièrement investie.
L’œuvre choisie cette année est Alexander’s Feast ou Le Pouvoir de la musique, composé par Haendel en 1736. Inspiré d’un poème de John Dryden adapté par Newburgh Hamilton, cet ouvrage connut un immense succès à Londres lors de sa création au théâtre de Covent Garden. Aujourd’hui pourtant, il demeure beaucoup moins souvent interprété que Le Messie ou Judas Maccabaeus.
L’action se déroule à Persépolis après la victoire d’Alexandre le Grand sur Darius. Au cours d’un banquet, le musicien Timothée entraîne le conquérant dans une succession d’émotions : l’exaltation, la tendresse, la compassion, l’amour puis la vengeance, avant que Sainte Cécile n’apparaisse comme l’incarnation du pouvoir spirituel de la musique.
Avec cette œuvre, Haendel affirme la suprématie de la musique sur tous les autres arts. Elle seule possède le pouvoir d’éveiller les passions humaines avec une telle intensité. L’invention mélodique, tour à tour élégiaque ou virtuose, soutenue par une orchestration d’une grande richesse de couleurs, maintient constamment l’auditeur en éveil et fait d’Alexander’s Feast l’un des sommets de la maturité du compositeur.
Dans l’acoustique généreuse de la cathédrale de Sospel, cette partition prend une dimension toute particulière. À la tête de l’Ensemble instrumental La Chambre et du chœur, Jean-Sébastien Beauvais dirige avec précision, énergie et enthousiasme. Les tempi sont vifs sans jamais être précipités, les rythmes parfaitement articulés et les moments plus contemplatifs conservent toute leur intensité dramatique.
Le chœur constitue l’une des grandes réussites de la soirée. Difficile de croire qu’il s’est constitué en seulement six jours tant la cohésion des pupitres, la précision des attaques et la joie communicative des choristes impressionnent. Les grands chœurs, notamment The list’ning crowd et The many rend the skies, traduisent avec éclat toute la vitalité de l’écriture haendélienne.
Au clavecin, Mathilde Mugot, également cheffe de chant, se montre éblouissante par la finesse de son jeu et la qualité de son accompagnement.
La distribution vocale est d’un très haut niveau. La soprano Camille Souquère séduit par la beauté de son timbre et son expressivité. Son interprétation de Thaïs led the way charme par son élégance, tandis que What passion cannot Music raise, magnifiquement soutenu par le violoncelle obligé de Lena Torre, constitue l’un des sommets émotionnels de la soirée.
Le ténor Carlos Porto fait valoir une technique solide, une belle aisance vocale et un timbre chaleureux. Quant à la basse David Witzcak, il impressionne par la profondeur de sa voix et la puissance de sa projection. Son interprétation de Revenge, Timotheus cries compte parmi les moments les plus marquants du concert.
Rarement donné aujourd’hui, Alexander’s Feast retrouve ici toute sa force dramatique grâce à l’engagement de Jean-Sébastien Beauvais, des musiciens de La Chambre, des solistes et du chœur-atelier. Cette édition 2026 des BaroQuiales démontre une nouvelle fois que l’excellence artistique peut aller de pair avec la transmission, le partage et l’aventure humaine.
