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Le parvis de la basilique Saint-Michel vibre à nouveau au rythme du 77e Festival de Musique de Menton. Pour ce concert d’ouverture, le public a répondu présent : les gradins affichent complet.
La météo annonçait pourtant de la pluie, laissant planer une incertitude jusqu’aux derniers instants. Mais Saint-Michel semble veiller sur la musique : les nuages se sont montrés cléments et le concert a finalement pu se dérouler sur le Parvis.
Parmi les personnalités présentes figurait également le prince Albert II de Monaco, dont la présence soulignait le prestige du Festival de Musique de Menton.
Il est partout. Gautier Capuçon a été vu par 2,7 millions de téléspectateurs lors du concert de la Fête nationale à Paris, au pied de la Tour Eiffel, le 13 juillet. Le lendemain, il jouait à Nice lors de la cérémonie marquant les 10 ans de l’attentat. Gautier Capuçon est aujourd’hui considéré comme le plus grand violoncelliste français. Par son charisme, sa présence scénique et sa musicalité, il s’impose comme une figure incontournable de son instrument. Il avait fait ses débuts au Festival de Menton en 2000 aux côtés de son frère, le violoniste Renaud Capuçon. Revenu à plusieurs reprises pour des concerts de musique de chambre, il se produit cette fois, pour la première fois à Menton, avec un orchestre symphonique : l’Orchestre Philharmonique de Nice, dirigé par Lionel Bringuier.
Le Concerto pour violoncelle n° 1 de Camille Saint-Saëns ouvre la soirée.
La musique de Saint-Saëns séduit par l’éclat de son écriture ; lorsqu’elle s’allie à une inspiration mélodique aussi généreuse, elle donne naissance à des œuvres devenues des piliers du répertoire. D’une durée d’à peine vingt minutes, ce premier concerto surprend par sa concision. Écrit en un seul mouvement, il se déploie pourtant en trois sections enchaînées : deux épisodes d’une fougue irrésistible encadrent un passage central plus contemplatif. L’ensemble regorge d’inventions mélodiques étincelantes où l’élégance classique, toute de mesure, se mêle à une intensité dramatique toujours maîtrisée.
D’emblée, la symbiose entre Gautier Capuçon, Lionel Bringuier et l’orchestre s’impose comme une évidence. Le violoncelliste fait preuve d’une virtuosité d’archet exceptionnelle, sans jamais sacrifier la profondeur du discours. Son interprétation conjugue puissance et délicatesse, une technique souveraine et une expressivité bouleversante. Dès les premières mesures, il insuffle à cette musique un élan irrésistible : son violoncelle chante, dialogue, s’enflamme avec une grâce et une autorité rare.
À la tête de l’Orchestre Philharmonique de Nice, Lionel Bringuier modèle une matière sonore d’une grande élégance, souple et lumineuse. Précis et nuancé, l’accompagnement se fait tour à tour écrin et partenaire du soliste, mettant en valeur chaque inflexion de son jeu dans un dialogue d’une remarquable complicité.
Le sommet de l’œuvre demeure l’émouvant Allegretto con moto, suspendu dans une atmosphère de grâce ineffable, où Capuçon déploie un chant d’une infinie poésie, servi par un orchestre d’une délicatesse exemplaire.
Le public est déçu. Seulement vingt minutes de concerto. Il attend un bis conséquent.
Le bis proposé par Gautier Capuçon s’inscrivait dans son projet « Gaïa », dans lequel le violoncelliste fait de son instrument une voix narrative exprimant la beauté, la fragilité et la force de la nature.
L’une des forces de « Gaïa » réside dans la collaboration avec seize compositeurs contemporains de renom. Parmi les œuvres commandées figure « Towards the Earth » de Bryce Dessner, une pièce difficile pour un public de non-initiés. C’est cette œuvre que Gautier Capuçon avait choisie d’interpréter lors de la cérémonie de commémoration des victimes de l’attentat de Nice.
Pour conclure la soirée, Lionel Bringuier dirige la Symphonie n° 4 de Beethoven. Moins célèbre, cette partition n’en révèle pas moins une énergie communicative, une vitalité rayonnante, mais aussi une poésie et un lyrisme que le chef et les musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Nice exaltent avec intelligence. Bringuier a une profonde connaissance de cette œuvre. Elle se traduit par une maîtrise formelle de chaque instant, faisant naître une lecture d’une grande fluidité, riche de couleurs et d’une expressivité constante qui met pleinement en lumière toute la force d’inspiration de Beethoven. Dans un finale irrésistible, la joie éclate avec panache, emportant le public dans un enthousiasme communicatif.
Ce concert d’ouverture, porté par des interprètes d’exception et un public venu en nombre, augure sous les meilleurs auspices de cette 77ᵉ édition du Festival de Musique de Menton.