Sospel, baroque et vivant : une fin de festival grandiose avec King Arthur

by Carlo Schreiber
Images @ Les BaroQuiales – MadamePhotographe
Niché dans un écrin de montagnes aux portes du Parc National du Mercantour, Sospel est l’un de ces villages que l’on croit rêvés. Ruelles pavées, maisons aux façades colorées, pont médiéval, et en surplomb : la cocathédrale Saint-Michel, dont le parvis devient chaque été le théâtre d’un festival baroque pas comme les autres.
Depuis 1998, Les BaroQuiales font de Sospel un haut lieu de la musique ancienne. Le festival, qui avait subi de plein fouet la pandémie et les tempêtes de 2020, a su retrouver un second souffle grâce à la direction artistique de Jean-Sébastien Beauvais. Ce chef passionné a redonné au rendez-vous son énergie et sa créativité, attirant de nouveau un public fidèle et nombreux.
Cette 26ᵉ édition, placée sous le thème Ballades en balade, offrait une traversée en musique de la Grande-Bretagne baroque, à travers concerts, opéras, pièces de théâtre, conférences, et même la projection du mythique Meurtre dans un jardin anglais de Peter Greenaway. Le village tout entier vit au rythme de la musique pendant une semaine, dans une ambiance chaleureuse, presque familiale.
Le point d’orgue du festival est sans conteste la représentation de l’opéra King Arthur de Henry Purcell, semi-opéra de 1691 mêlant musique, théâtre, danse et effets visuels. Le parvis de la cocathédrale devient pour l’occasion une scène à ciel ouvert, baignée par les lumières dorées du soir.
Plutôt qu’une reconstitution historique, le metteur en scène Luc Betton, en étroite complicité avec Jean-Sébastien Beauvais, choisit une relecture moderne, incisive et théâtrale : le mythe arthurien prend place dans un Londres crépusculaire, où les chevaliers deviennent marginaux et les fées des créatures d’un monde à la dérive. Le pari est audacieux, mais fonctionne à merveille grâce à la cohérence visuelle, à la richesse dramatique et surtout à la qualité des interprètes.
Les solistes sont prodigieux. King Arthur, opéra de 1691 avec un livret de John Dryden, est un semi-opéra mêlant texte parlé, musique, chant, danse et effets scéniques. Plusieurs airs sont célèbres, notamment le poignant Cold Song (What Power Art Thou), magnifiquement interprété par le baryton-basse René Ramos Premier. Originaire de Santiago de Cuba, il impressionne par son physique (plus de deux mètres !) autant que par sa voix profonde et ensorcelante. Un King Arthur noir ? Une image forte, inattendue, et totalement convaincante.
Le contre-ténor Gabriel-Ange Brusson séduit par son jeu théâtral et sa voix expressive. La mezzo-soprano Anna Yankova (Philidel, esprit de l’air) offre une prestation à la fois précise, fluide et aérienne. Camille Souquère, soprano au timbre lumineux, incarne avec brio Cupidon et Emmeline. Romain Bazola, dans les rôles du prêtre et du Saxon, confirme qu’il est un interprète baroque de haut niveau, avec une intensité scénique remarquable.
L’Ensemble LA CHAMBRE dirigé par Jean-Sébastien Beauvais, porte le spectacle avec fougue. Formé de musiciens baroques aguerris, l’ensemble séduit par la souplesse de ses phrasés, son sens des contrastes et sa réactivité. Au clavecin, Jeanne Jourquin impose une autorité discrète, accompagnant avec précision et sens du drame. Les cordes brillent par leur cohésion, les vents par leur expressivité, et l’ensemble respire avec les chanteurs, dans une belle unité artistique.
L’une des grandes forces du festival réside dans sa capacité à mêler exigence professionnelle et ouverture au public amateur. Cette année encore, un stage de chant choral a rassemblé une vingtaine de choristes amateurs encadrés pendant une semaine par des professionnels. Travail vocal, technique baroque, interprétation scénique : les stagiaires ont donné le meilleur d’eux-mêmes, et leur participation intégrée à King Arthur est tout simplement bluffante. Leur justesse, leur engagement et leur présence scénique forcent l’admiration.
Au-delà du spectacle, c’est tout un village qui fait battre le cœur du festival : les bénévoles, l’équipe technique, les familles qui hébergent les musiciens, les enfants qui assistent aux répétitions, les touristes qui s’arrêtent intrigués. À Sospel, la musique baroque n’est pas une affaire de spécialistes mais un patrimoine vivant, partagé, joyeux.
Avec une programmation audacieuse, une équipe soudée et une ambiance inimitable, Les BaroQuiales confirment leur place unique dans le paysage des festivals d’été. À Sospel, l’histoire, la musique et l’imagination se donnent rendez-vous — et font des merveilles.

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