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Chaque année, le Festival de La Roque d’Anthéron transforme la petite commune provençale en capitale mondiale du piano. Dans le parc ombragé du château de Florans, à l’abbaye cistercienne de Silvacane ou à l’Auditorium Marcel Pagnol, se croisent légendes du clavier, jeunes virtuoses et publics venus de tous horizons.
Classique, baroque, contemporain : toutes les époques dialoguent, toutes les esthétiques se rencontrent. Masterclasses, concerts intimistes et grandes soirées en plein air composent une programmation d’une rare richesse, où l’exigence musicale se mêle à la convivialité provençale.
Classique, baroque, contemporain : toutes les époques dialoguent, toutes les esthétiques se rencontrent. Masterclasses, concerts intimistes et grandes soirées en plein air composent une programmation d’une rare richesse, où l’exigence musicale se mêle à la convivialité provençale.
Cette année, le festival rend un hommage appuyé à Pierre Boulez, figure tutélaire de la musique du XXᵉ siècle, à travers deux concerts exceptionnels qui ont marqué la journée du 9 mai.
Samedi 9 mai 2025, l’Auditorium Marcel Pagnol a vibré au rythme de deux concerts consacrés à la musique contemporaine, célébrant le centenaire de la naissance de Pierre Boulez.
À 11 h, Jean-Frédéric Neuburger ouvre le programme avec intelligence : plutôt que de plonger d’emblée le public dans la Deuxième Sonate de Boulez, initialement prévu, il prépare les oreilles avec Images I et II de Debussy et la Barcarolle de Chopin. Après ce préambule raffiné, la sonate de 1948, héritière à la fois de Beethoven et de Bach, révèle toute sa puissance et ses allusions, notamment au choral Es ist Genug. Dans un silence religieux, Neuburger livre une interprétation d’une sincérité et d’une intensité rares.
À 14 h 30, place à Florent Boffard figure majeure de la musique contemporaine et proche collaborateur de compositeurs tels que Ligeti ou Boulez. Sa Sonate op. 1 de Berg est un pur frisson, grave et solennel. Il enchaîne avec la Troisième Sonate et les Douze Notations de Boulez, exigeantes mais captivantes, notamment pour ses élèves présents dans la salle.
En clôture, Neuburger et Boffard se réunissent pour En blanc et noir de Debussy, sombre et visionnaire. Leur jeu fusionnel, parfaitement équilibré dans les dynamiques et les couleurs, donne l’illusion d’un seul pianiste à quatre mains. Un moment suspendu.