Mateo, un opéra-tango au Fort Antoine

by Carlo Schreiber
Images @Philippe Fitte
La rentrée lyrique monégasque s’est ouverte cette année aux couleurs de Buenos Aires avec Mateo, un opéra-tango signé Martin Palmeri, figure majeure de la musique argentine contemporaine. Pianiste, chef d’orchestre et compositeur, Palmeri est notamment connu pour sa Misa Tango, œuvre emblématique qui a fait le tour du monde. Avec Mateo, il propose une partition où s’entrelacent tradition argentine, opéra européen et intensité dramatique.
Imaginé en collaboration avec Carlos Branca et Fabrice Alibert, Mateo s’inscrit dans le genre du grotesco, une forme oscillant entre comédie et tragédie. Au centre de l’intrigue, un cheval — Mateo — et son maître, le cocher Miquele. Vieillissant, dépassé par l’essor de l’automobile, il peine à nourrir sa famille. Il incarne un monde en voie de disparition. À ses côtés, Doña Carmen, épouse dévouée, endure les plaintes de leurs enfants : Chichillo rêve de devenir boxeur, Carlos se projette en chauffeur automobile, et Lucia revendique déjà une liberté féminine avant l’heure. Miquele, arc-bouté contre le progrès, refuse obstinément toute modernité et veut entraîner sa famille dans ce refus. Mais Severino, fossoyeur tentateur, le pousse au crime. Désespéré, Miquele finit par céder. Son fidèle cheval Mateo meurt tragiquement, heurté par une automobile, et Miquele s’enfonce dans la désespérance.
La mise en scène rend hommage à la fois aux racines argentines — où tango et danse occupent une place essentielle — et à l’opéra français, qui a toujours marié théâtre et mouvement. Le Fort Antoine, choisi comme lieu de création, renvoie à la tradition antique : le spectacle commence à la lumière naturelle avant de plonger dans l’éclairage artificiel, dans une continuité poétique. L’image saisissante du cheval ensanglanté domine l’avant-scène, monumental, entouré de silhouettes évoquant un carrousel. Quant au chœur, il prend des allures de chœur antique, guidant le spectateur dans le destin tragique des protagonistes.
Fabrice Alibert incarne un Miquele bouleversant. Méconnaissable, transformé en vieillard boiteux, il impose une présence scénique impressionnante. Sa voix de baryton, tour à tour puissante et fragile, traduit à merveille la douleur de ce personnage brisé.
Autour de lui, une distribution homogène et brillante : Simona Caressa campe une Doña Carmen profondément attachante ; Diego Godoy, merveilleux ténor au timbre chaud, apporte humour et vivacité à Chichillo ; Rémy Mathieu séduit par la légèreté de sa voix dans le rôle de Carlos ; Mathieu Lécroart prête toute sa verve au personnage fellinien de Severino ; et Charlotte Bonnet incarne une Lucia dont l’élégant soprano tranche avec la noirceur de l’intrigue.
Les danseurs Giulia Pagnotta et Matteo Giudetti apportent au tango une sensualité ardente et expressive. Le Quintette à cordes Ad Libitum, la pianiste Katherine Nikitine et les bandonéonistes Carmela Delgado et Sébastien Innocenti entourent magnifiquement les chanteurs, sous la direction du compositeur lui-même, Martin Palmeri, venu spécialement d’Argentine.
Le compositeur Martin Palmeri

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