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Gravir un sommet n’est pas toujours affaire de montagne. Les Douze Études d’exécution transcendante de Franz Liszt constituent l’un des plus hauts défis du piano : un cycle qui exige à la fois une endurance physique hors norme et une immersion émotionnelle totale.
Dans un festival d’été, ce genre de programme devient un véritable événement. Alors que la saison privilégie souvent des programmes courts et légers, le jeune pianiste russe Vsevolod Zavidov, 19 ans, a choisi l’intégrale, jouée d’une traite. Le tout sous une température extérieure dépassant les 37°C. Au final, sa chemise trempée parlait autant que les applaudissements : la performance avait été aussi physique qu’artistique.
Car les écueils sont nombreux : plus de 70 minutes sans relâche, un public à tenir en haleine malgré l’intensité continue, et un flux sonore qu’il faut doser pour éviter la saturation. Mais lorsque l’interprète réussit, comme ce soir-là, à transformer l’exploit technique en expérience immersive, le public repart convaincu d’avoir assisté à un moment rare : un mélange de virtuosité, de poésie et de résistance digne des plus grands marathons musicaux.
D’ailleurs, quatre études seulement — Mazeppa, Feux follets, Wilde Jagd et Chasse-neige — auraient suffi à établir sa virtuosité éclatante. Et le bis, une Arabesque de Schumann jouée avec une délicatesse lumineuse, a rappelé que Vsevolod Zavidov possède aussi cette autre dimension, moins spectaculaire mais tout aussi essentielle : la musicalité pure.